L’école de la passion créative

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Enseigner l’art graphique

Christian Dubuis Santini est concepteur visuel, fondateur de l’agence Mercure (1987), créateur-éditeur de la maison d’édition L’ampoule (2002), auteur d’albums jeunesse… Il enseigne l’art graphique à e-artsup. 
Qu’est-ce que l’art graphique ?
L’art graphique est la base des arts appliqués. Apprendre l’art graphique, c’est essentiellement apprendre deux choses: d’une part apprendre des lois issues d’une pratique multiséculaire (« graphein » = écrire, l’art graphique commence avec l’invention de l’écriture…) et d’autre part apprendre comment faire avec ces lois, comment s’exprimer le plus efficacement possible par une bonne connaissance et une bonne utilisation de ces lois (qui peut aller jusqu’à leur transgression). L’art graphique, ce sont les allers-retours entre la pratique (en partie liée aux évolutions des moyens d’expression) et la compréhension de ces lois (qui régissent l’acte d’exprimer) qui permettent d’apprendre à composer avec justesse un message sur le plan visuel. L’art graphique est l’art de s’exprimer par l’intermédiaire du langage visuel (qui est un langage à part entière, possédant sa grammaire spécifique, sa syntaxe, son histoire…).
Affiche de film, par Thomas Pollet (e-artsup promo 2014)
Quels sont les nouveaux enjeux de l’art graphique? 
L’art graphique connaît simultanément un formidable engouement lié à l’éclosion des nouvelles technologies numériques et une formidable décadence liée à un usage laxiste de ces mêmes technologies numériques. Ce n’est pas parce que tout le monde se retrouve dans l’obligation d’écrire et d’utiliser des images — et que tout le monde écrit de plus en plus et utilise de plus en plus d’images — que les lois de l’écriture (ou de l’art graphique, qui en est une extension au plan visuel-formel) s’en trouveraient forcément rabaissées, dépassées ou rendues obsolètes… C’est même plutôt le contraire qui se passe, ce qui fait qu’un texte (en art graphique, l’image est à considérer comme un « texte ») est convaincant, bien composé et atteint son objectif de bonne formulation reste et restera toujours d’actualité, car il s’agit d’une dimension dialectique invariante sur le plan temporel, entre la forme et le contenu (qu’on nomme en art graphique « visible » et « lisible »).
Quelles sont les compétences que vous souhaitez développer chez vos étudiants ?
L’art graphique constitue pour moi le socle de tout enseignement artistique rigoureux, l’équivalent en musique de l’apprentissage du solfège et des lois de la composition, assorties de la pratique d’un instrument. Je donne des cours magistraux sur la nécessité d’acquérir une bonne connaissance des lois de l’art graphique, et je transmets effectivement ces lois (éventuellement de leur transgression raisonnée) par une pratique intensive de créations en séances de travaux dirigés. J’aimerais que les étudiants puissent faire preuve à la fin de leur cursus d’une certaine intelligence situationnelle, en apprenant à se concentrer sur la lecture attentive des données d’un problème à résoudre, en développant leur capacité d’analyser et en (re)questionnant la formulation du problème, en garantissant à leur(s) éventuel(s) commanditaire(s) une sûreté de choix dans les justes moyens à utiliser et en sachant faire par eux-mêmes la synthèse conceptuelle et technique du problème à résoudre, en rassemblant la forme et le contenu (le tout avec humilité, ce qui va de pair avec l’efficacité dans l’expression)…
Affiche de film, par Maxime Beaugrand (e-artsup promo 2014)
 
Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ? Dans l’enseignement ?
Ce qui a été dit doit être redit, encore et encore… Relever sans cesse le défi de l’expression, quelles que soient les évolutions technologiques. La justesse graphique restera la justesse graphique, comme la justesse musicale restera la justesse musicale. L’enseignement est devenu une passion depuis peu, par la grâce des étudiants eux-mêmes, des « retours » dont ils gratifient leur apprentissage de l’art graphique, leurs dépassements sur le plan personnel, comme leurs incursions dans la vie professionnelle (pour les plus anciens…). Ma grande révélation dans l’exercice de l’enseignement, c’est que le fait de devoir transmettre, de devoir apprendre à d’autres, cela m’a permis de continuer à apprendre autrement pour moi-même, par d’autres moyens…
Qu’est-ce qui selon vous fait la force d’e-artsup ?
De ce que j’ai pu observer au cours de ces quatre années, je dirais que la force d’e-artsup réside à la fois dans l’exigence de son recrutement et dans l’engagement pédagogique de ses enseignants (je pense notamment à mes collègues qui sont des professionnels passionnés, dont je connais le travail artistique et la transmission qu’ils en font auprès des étudiants: Klavdij Sluban, Michel Galvin, Nadine Pellé, Xavier Péron, Claire Bouilhac…