Créer un espace capable d’apaiser, rassurer et faire voyager l’imaginaire des enfants pendant leurs soins : c’est le défi qu’ont relevé plusieurs étudiantes d’e-artsup Montpellier, à travers la réalisation d’une vaste fresque au sein d’une salle de consultation du CHU de Montpellier. Mené en partenariat avec l’association Gal’Hopin, ce projet bénévole illustre la manière dont le design et l’illustration peuvent concrètement contribuer au bien-être des patients.
Une collaboration née d’une rencontre avec le CHU et l’association Gal’Hopin
L’origine du projet remonte à une prise de contact entre e-artsup et le CHU de Montpellier afin d’explorer de potentielles collaborations. L’association Gal’Hopin a rapidement répondu favorablement à cette démarche, conduisant à la proposition d’un projet de fresque destiné à une salle de soins accueillant des enfants. Quatre étudiantes se sont alors portées volontaires pour relever le défi : Alison Vig, Chloé Sancey, Émeline Rocquet et Gabrielle Picon.
Pour certaines d’entre elles, cette expérience s’inscrivait dans la continuité d’un précédent projet artistique réalisé l’année précédente à Montpellier. Une première expérience qui leur avait donné envie de renouveler l’aventure, portées par une équipe complémentaire et partageant la même passion pour la création.
Imaginer un univers capable de rassurer et faire rêver
Le cahier des charges comportait plusieurs enjeux spécifiques. La fresque devait constituer un support de relaxation et d’évasion pour les jeunes patients confrontés à des soins parfois difficiles. L’univers imaginé devait pouvoir parler à des enfants, des adolescents et leurs familles, sans tomber dans un registre trop infantile ni, à l’inverse, dans une esthétique trop mature ou stimulante.
Pour répondre à cet équilibre délicat, les étudiantes se sont inspirées notamment de l’univers du Studio Ghibli et du Petit Prince. Elles ont imaginé un monde poétique peuplé d’animaux, de végétation et de petites scènes de vie invitant à la contemplation. L’objectif était de permettre aux patients de découvrir progressivement l’œuvre au fil des soins, à travers de multiples détails et scénettes qui se répondent les unes aux autres.
Cette volonté d’évasion se retrouve également dans le traitement graphique du projet. Les couleurs ont été pensées pour créer une ambiance douce, joyeuse et légèrement onirique. Chaque élément de la fresque a été conçu pour favoriser l’apaisement et susciter la curiosité des enfants, qui peuvent ainsi se perdre dans les détails du décor et laisser leur imagination voyager.
Du croquis au mur : un projet réalisé à quatre mains… puis huit
Comme tout projet d’envergure, la fresque a nécessité une organisation rigoureuse. Lors de la phase de conception, Émeline et Chloé ont posé les premières bases de l’univers graphique. Émeline a ensuite réalisé le croquis principal, Chloé s’est chargée de l’encrage tandis qu’Alison a développé la palette colorée et réalisé les mises en couleurs. Gabrielle a rejoint l’équipe lors de la phase de réalisation pour participer au travail de peinture aux côtés des autres étudiantes.
Après la conception est venue l’étape la plus spectaculaire : reproduire l’ensemble de l’univers directement sur les murs et le plafond de la salle. Un chantier conséquent puisque chaque surface peinte a été intégralement recouverte afin d’immerger totalement les patients dans cet environnement imaginaire.
Des contraintes techniques au service d’un projet ambitieux
Intervenir dans un environnement hospitalier a également présenté plusieurs défis techniques. Les étudiantes ont dû composer avec différents matériaux, notamment du carrelage, de la toile et des dalles texturées au plafond, dont les surfaces rendaient le travail de peinture plus complexe.
La réalisation du plafond s’est révélée particulièrement exigeante, les dalles n’étant finalement pas amovibles. À cela s’ajoutait une contrainte importante liée à la durabilité de l’installation : la peinture utilisée devait pouvoir être lessivée afin de répondre aux exigences d’entretien du milieu hospitalier.
Au fil de l’avancement du projet, l’équipe a aussi procédé à plusieurs ajustements, surtout sur les couleurs. Certaines teintes ont été éclaircies dans le but d’éviter de rendre la pièce trop sombre ou trop enveloppante, permettant ainsi de préserver l’atmosphère légère et rassurante souhaitée dès le départ.
Des premiers retours encourageants
Une fois la fresque achevée, les premiers retours n’ont pas tardé à arriver. Les équipes du CHU, venues suivre régulièrement l’évolution du projet, ont salué le résultat final. Parmi elles, plusieurs professionnels de santé ont exprimé leur enthousiasme, notamment après avoir découvert la salle entièrement transformée.
Les étudiantes ont également été particulièrement touchées par le retour d’un adolescent de 16 ans, qui aurait réussi à se détendre durant son soin grâce à l’atmosphère créée par la fresque. Un témoignage qui donne tout son sens à leur engagement bénévole.
Le design comme outil d’utilité sociale
Au-delà de l’expérience artistique, ce projet a permis aux étudiantes de se confronter à une situation réelle, avec des enjeux humains particulièrement importants. La réussite du projet ne se mesurait pas seulement à sa qualité esthétique, mais aussi à sa capacité à générer les émotions attendues auprès des patients.
Pour l’équipe, la plus grande fierté reste aujourd’hui de savoir que cette création pourra contribuer, même modestement, à rendre les examens et les soins un peu moins difficiles pour les enfants accueillis au CHU de Montpellier.
« Pour moi, mettre le design au service d’un projet qui a du sens, c’est ce qui doit guider tous les choix du designer. Essayer toujours de travailler avec intelligence, humilité et empathie. »
résume Alison Vig